Les réactions déterminent les révolutions (XIII)

Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle

Je déclare de nouveau que je n’incrimine les intentions de qui que ce soit. Je fais profession de croire toujours à la bonté des intentions humaines : sans cette bonté, que deviendrait l’innocence des hommes d’État ? pourquoi aurions-nous aboli la peine de mort en matière politique ? La réaction tomberait bientôt, elle serait sans moralité comme sans raison, elle ne servirait de rien à notre éducation révolutionnaire, si elle n’était le produit de convictions ardentes, si ses représentants, sortis de toutes les opinions, ne formaient une chaîne immense, commençant à la crête de la Montagne, pour finir à l’extrême Légitimité.

C’est le caractère de la Révolution au dix-neuvième siècle, de se dégager jour par jour des excès de ses adversaires et des fautes de ses défenseurs, sans que personne puisse se vanter d’avoir été, à tous les moments de la lutte, d’une parfaite orthodoxie. Tous, tant que nous sommes, nous avons failli en 1848 ; et c’est justement pour cela que depuis 1848 nous avons fait tant de chemin.

À peine le sang de juin était desséché, la Révolution, vaincue sur la place publique, recommença de tonner, plus explicite, plus accusatrice, dans les journaux et les réunions populaires. Trois mois ne s’étaient pas écoulés, que le gouvernement, surpris de cette opiniâtreté indomptable, réclamait de l’Assemblée Constituante de nouvelles armes. L’accès de juin n’était pas calmé, assurait-il ; sans une loi contre la presse et les clubs, il ne pouvait répondre de l’Ordre, et préserver la société.

Proudhon, Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle, 1851

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