Les réactions déterminent les révolutions (XVII)

Il fut résolu que le Pays serait purgé, saigné, cautérisé, à merci et miséricorde. Un vaste système sanitaire fut organisé, suivi avec un zèle, un dévouement, qui eussent fait honneur à des apôtres. Hippocrate, sauvant Athènes de la peste, ne parut pas plus magnanime. Constitution, corps électoral, garde nationale, conseils municipaux, université, armée, police, tribunaux, tout fut passé aux flammes. La bourgeoisie, cette éternelle amie de l’ordre, accusée d’inclinations libérales, fut enveloppée dans la même suspicion que le prolétariat. Le gouvernement alla jusqu’à dire, par la bouche de M. Rouher, qu’il ne se tenait pas lui-même pour sain, que son origine lui était une souillure, qu’il portait en soi le virus révolutionnaire : Ecce in iniquitatibus conceptus sum !… De suite, on se mit à l’œuvre.

L’enseignement laïc, né du libre examen, relevant exclusivement de la Raison, n’était pas sûr. Le gouvernement comprit qu’il était urgent de le replacer sous l’autorité de la Foi. Les instituteurs primaires, soumis aux curés, sacrifiés aux ignorantins ; les collèges communaux successivement livres aux congrénanistes ; l’instruction publique placée sous la haute surveillance du clergé ; d’éclatantes destitutions opérées dans le professorat sur la dénonciation des évêques, annoncèrent au monde que l’enseignement, comme la presse, avait cessé d’être libre. Qu’a-t-on obtenu par ce traitement ? Rien de timide, en général, comme les hommes voués à l’éducation de la jeunesse ; le gouvernement, avec ses frictions jésuitiques, les a rejetés tous dans la Révolution.

Proudhon, Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle, 1851

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