Les réactions déterminent les révolutions (XXI)

À présent, réacteurs, vous en êtes aux moyens héroïques. Vous avez poussé la violence jusqu’à l’odieux, l’arbitraire jusqu’au mensonge, l’abus de votre faculté législative jusqu’à la déloyauté. Vous avez prodigué le mépris et l’outrage, vous avez recherché la guerre civile et le sang. Tout cela a produit autant d’effet sur la révolution que des coups de flèches sur un hippopotame. Ceux qui ne vous haïssent pas vous méprisent : ils ont tort. Vous êtes d’honnêtes gens, remplis de tolérance et de philanthropie, animés d’excellentes intentions, mais dont l’esprit et la conscience sont sens dessus dessous. J’ignore ce qu’il vous plaira de résoudre, si vous continuerez de battre la charge sur la révolution, ou si, comme je le vois venir, vous vous déciderez à traiter avec elle. Mais, au cas où vous choisiriez le premier parti, je vais vous dire ce que vous avez à faire : vous jugerez vous-mêmes ce que vous avez à attendre.

Le peuple, suivant vous, est frappé d’aliénation mentale. Vous avez mission de le guérir : le salut public est votre unique loi, votre suprême devoir. Comptables devant la postérité, vous vous déshonoreriez en désertant le poste où vous a placés la Providence. Vous avez le droit, vous avez la force, votre résolution est indiquée.

Proudhon, Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle, 1851

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