Chronique

Mon avis sur la conférence de Said Sadi

Conférence de  Said Sadi,  jeudi 18 avril 2019, à l’université de Tizi Ouzou.

Lors de la conférence de Saïd Sadi à l’auditorium de l’UMMTO, à Tizi Ouzou, j’ai posé deux questions au docteur. Je l’ai d’abord repris sur une définition qu’il n’arrêtait pas de marteler, jusqu’à m’irriter les oreilles. Il balançait toutes les deux minutes la phrase suivante, qui est la définition que donne Rousseau de la Nation, « La nation c’est la volonté de vivre ensemble ». Une définition plus au moins vague et subjective qui ne démarre de nulle part et ne va nulle part .Pire que tout, il se contredisait par rapport à ce qu’il avançait auparavant, car avant il nous avait chantonné que « le problème actuel est un fruit amer dû au complexe du colonisé qui essaie de mimer bêtement son colonisateur ». « Le mimétisme du Français » disait-il, alors que lui-même, héritier de cette culture, nous ressortait cette définition française pur jus.

Un peu après, il a affirmé que « l’échec de l’Algérie est dû à l’échec de ne pas avoir pu instaurer un État-Nation », stipulant également que « le régime était non-conforme avec la réalité sociale ». Ma question était très claire « M. pourquoi nous parlez-vous de Nation et d’État alors que la première chose qu’on peut observer dans cette révolution c’est l’hétérogénéité des classe sociales et identitaires qui y participent. Cela est aussi une réalité sociale que vous essayez d’occulter .On pourrait tout nier sauf le fait que les tendances des gens sont très différentes voire diamétralement opposées, alors comment pouvez-vous parler du vivre ensemble ? Votre définition n’est pas une définition réaliste car elle oublie de prendre en compte l’instinct de domination grégaire de l’humain. Je vais vous donner la mienne, celle que j’ai apprise : on dit que pour identifier un groupe national on se réfère à la langue, la religion, la culture, la géographie et rien d’autre. »

La deuxième question était plus directe : « M. Sadi vous avez, depuis le début de votre discours, essayé de construire un pont entre 2019 et 1980 en ne cessant de chanter les louanges de la génération de 80 qui est la vôtre, comme par hasard bien sûr… Et donc, pour reprendre vos mots « c’est l’aboutissement de la fièvre de 1980 qui s’est propagée partout en Algérie. C’est 1980 qui a permis de voir ce qu’on voit aujourd’hui. C’est la même répression qu’on a subi autrefois que subit le peuple d’ailleurs ». Alors pourquoi vous être arrangé pour ne pas citer avril 2001 ? Par oubli ? Je ne crois pas non ! car 2001 nous rappelle que la Kabylie s’est dressée seule, comme toujours, contre le régime. Et comme vous le savez, l’Algérie l’a réprimée d’une des façons les plus sanglantes qui puissent exister. Pourquoi aujourd’hui on ne voit pas cette répression ? Une Algérie affaiblie ? Non? je ne crois pas, c’est juste parce qu’en 2001 c’était des Kabyles, donc facile à tuer sans avoir de scrupules. Pas un ou deux mais 128 martyrs, une rivière de sang nous sépare. Monsieur comment voulez-vous parlez aujourd’hui de vivre ensemble ? »

Ses réponses étaient typiques du grand démagogue qu’il est. De la démagogie pur jus. Il a tourné autour du pot en me disant qu’il y avait 130 définitions différentes de la Nation et que je reprenais la plus “fasciste” d’entre elles. Que le vivre ensemble est une théorie moderne conçue pour permettre la cohabitation des individus sur une terre. Il m’a demandé d’éviter les termes que j’ai utilisés. La Nation, selon lui, ce n’est pas la langue et la culture mais un regroupement d’intérêts politiques, géographiques et économiques communs. Pour la deuxième question il a répondu qu’il est compatissant avec les victimes de 2001 et que le printemps noir est aussi un tournant historique de l’histoire de l’Algérie mais aujourd’hui elle ne peut plus agir ainsi car l’Algérie est surveillée par les instances internationales et qu’elle est divisée intérieurement (le régime politique). Alors oui, les Kabyles étaient seuls, mais ce fut aussi le cas en 1980 . C’est le rôle que l’histoire tend à donner aux Kabyles, Acteurs majeurs du changement politique en Algérie, à nous de l’honorer. Il faut voir grand et loin, aujourd’hui, pour une Afrique du Nord unie, une “Tamazagha” unie, car pour lui tous les grands peuples sont nées d’États confédérés, il faut penser à unir non à diviser.
J’aurais voulu lui dire qu’il faut exister avant de s’unir, puis comment nous unir lorsque nous et nos “khawa” regardons dans des directions différentes ? Lorsqu’il parle de cohabitation il oublie les rapports de force qu’impose le nombre. Puis pour détruire une Nation rien n’est plus simple, on s’attaque au noyau identitaire et s’en est fini…

Bref, ce grand orateur aurait mieux fait de rester chez lui aujourd’hui. Avec tout le respect que je lui porte depuis toutes ces années, il s’est trompé gravement de discours, pire encore, il prône la démocratie mais fait du lobbying dans chacune de ses phrases. Je vais reprendre les dires d’une amie pour finir « Mes respects M. Sadi mais vous avez la tête un peu trop grise aujourd’hui pour être le référent en quoi que ce soit. Vous avez fait votre temps, à nous de faire le nôtre ».

Mariem Taalbi

 

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