Chronique

Pourquoi la Kabylie n’a jamais formé une nation ?

La Kabylie n’a jamais eu réellement d’existence nationale. Elle n’a jamais été une Nation au sens politique du terme. Pour preuve, autant que l’on peut remonter dans l’Histoire, aucun drapeau n’a fédéré le peuple kabyle. Notre terre n’a jamais connu une unité nationale ; elle n’a jamais eu ni président, ni souverain, ni bannière. Pour cause, le système tribal qui a de tout temps régi les Kabyles. Chaque village était une petite république ; chaque village était souverain. Ce système a causé plusieurs guerres et conflits entre tribus et villages kabyles ; le « village en haut » faisait la guerre au « village d’en bas » et vice versa. Dans ce maudit système, on ne se bat que pour sa tribu ; la nation, la patrie, on ne connaît pas. Comme vous le savez, comment vous le vivez, la discrimination tribale et l’endogamie entre villageois sont encore d’actualité…

Le tribalisme est un mécanisme archaïque qui annihile le sentiment d’une appartenance commune. Je vous donne un exemple frappant : dans tous les pays du monde, le mot “étranger” renvoie à une personne qui vient d’un autre pays. Chez les Kabyles, un étranger, “averani”, c’est l’individu qui vient d’un autre village. Vous voyez maintenant où se situe le problème ?

Le kabylisme essaye de réhabiliter quelque chose qui n’a existé que dans l’imaginaire collectif. La rhétorique affirmant que ce sont les Français qui ont fait perdre à la Kabylie sa souveraineté n’est que mythe. Avant l’arrivée des « colons français », les Kabyles écrivaient en langue arabe. Ils étaient arabisés. Ils étaient dénués de tout repère identitaire kabyle ou berbère. « C’est grâce aux Pères Blancs que j’ai pu découvrir mon identité », ce furent les mots de Matoub Lounès. Au moins lui, il a eu le courage d’assumer. Tous les travaux autour de la question kabyle ont été réalisés par les Français. Da Lmouloud n’a fait que poursuivre l’œuvre des Pères-Blancs. La “Tadart ” a emprisonné le Kabyle, ligotant ses mains, l’empêchant ainsi d’écrire sa propre histoire.

La Nation kabyle, c’est un travail de construction et non pas de “réhabilitation”.

Où veux-je en venir ? Les mêmes facteurs reproduisent les mêmes résultats. Si on garde le système tribal laissé par nos ancêtres, la Nation kabyle ne verra jamais le jour. C’est un système à abolir. Le découpage administratif est également à revoir. Nous devons tuer le villagisme et homogénéiser la Kabylie. Nous devons en finir avec le « nationalisme de la tribu ». Le Kabyle doit sortir de la mentalité de « Tadart » et embrasser la cité, la patrie. Combattons pour un intérêt suprême qui dépasse le village, combattons pour la grandeur, combattons pour la Nation.

Djafar Khenane

 

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