Chronique

Réinventons le pays Algérie

Je me suis toujours intéressé à la politique car j’estime qu’il n’y a pas plus ignare[1] que celle ou celui qui ignore tout de la chose politique.

Malgré un solide intérêt pour cette chose qu’est la politique, il était illusoire de croire pouvoir s’engager dans le seul et unique parti politique de l’époque. Sous Boumediene et Chadli, la politique était la chasse gardée du FLN et de toute sa clientèle.

C’est en Italie que j’ai découvert le multipartisme et à quel point j’étais analphabète. A 20 ans, même en maitrisant la langue de manière honorable, je ne savais pas ce que la droite ou la gauche voulait dire, mais le centre, je me le suis quand-même imaginé entre les deux. C’est aussi bête que ça ! une fois « italianisé », je me suis mis à lire tout ce qui me tombait sous la main, mais surtout les journaux locaux et deux titres nationaux, Il Corriere della Sera et La Stampa.

J’ai même assisté à presque toutes les fêtes des partis de gauche (partis communiste italien et socialiste) organisées dans la ville de San Dona di Piave (province de Venise). J’ai été à ces fêtes pour l’ambiance, mais aussi pour comprendre tout en cachant mon ignorance et mon inculture de cette chose tellement interdite en Algérie.

A 23 ans, ayant sillonné l’Italie de long en large, j’ai décidé de changer d’air. Les Danois que j’avais rencontrés dans une pizzeria où j’ai travaillé et qui m’avaient invité à venir leur rendre visite m’ont donné une idée sur quelle allait être ma destination.

Après 3 mois passés au Danemark à travailler dans une pizzeria italienne à Helsingör, un jour je sors en discothèque avec une fille que j’avais rencontrée dans la pizzeria plus tôt dans  la journée. Il s’est avéré que la fille n’était pas Danoise, mais Suédoise. Pas loin du château Kronborg slott où s’est joué la pièce de théâtre Hamlet de Shakespeare, elle me montre son pays au loin.

Le 15 février 1983, j’obtiens mon permis de séjour en Suède que j’ai dû demander à l’ambassade de Suède à Paris. Normalement, j’aurais dû le demander de mon pays d’origine, mais rentrer en Algérie pour risquer de ne plus en ressortir était hors de question !

C’est avec Olof Palme que j’ai eu le plaisir de rencontrer 1985 à Helsinborg, alors que j’étais au sein des jeunes sociaux-démocrates, que mes convictions de gauche se sont consolidées. Je voulais la même chose que ce bourgeois qui aurait pu vivre aisément, mais qui avait choisit la lutte politique pour l’égalité, le partage équitable des ressources, la démocratie et la liberté.

La Suède est une monarchie constitutionnelle, mais aussi l’une des démocraties les plus accomplies de la planète. Le rôle du roi n’est que représentatif et cérémonial. Le roi et la famille royale ne se mêlent pas de la politique où de comment conduire les affaires de l’État. Ce n’est que depuis 1974 que le roi et la famille royale ont le droit de vote, mais ils ont choisi de ne pas exercer ce droit.

Si je vous ai raconté tout ça, c’est pour vous dire que si nous voulons une Algérie vraiment démocratique et libre, nous devons nous inspirer de ces monarchies constitutionnelles à l’instar des pays scandinaves (Norvège, Suède, Danemark), la Hollande, etc. ; et des républiques parlementaires telles que l’Allemagne, l’Autriche, la Grèce, l’Estonie, la Finlande, etc.

Ces régimes présidentiels qui produisent des présidents monarques et omnipotents sont à fuir et à bannir de chez nous. Nous avons tous constaté ce que Bouteflika a fait de l’Algérie en 20 ans. Jamais un régime parlementaire avec un premier ministre responsable devant un parlement démocratiquement élu n’aurait produit autant de népotisme, de malversations, de corruption devenue la seule institution qui compte, que ce que le peuple et la Nation algérienne ont subi sous le règne de Bouteflika. C’est depuis son règne que l’Algérie est devenue la risée du monde. En effet, Bouteflika a fait la pluie et le beau temps : du beau temps pour une poignée, et beaucoup de pluie pour le reste.

En tant qu’élu, et en tant que citoyen, j’ai vécu et vu la vie politique en Suède. Je peux vous affirmer qu’avec une constitution solide dotée de garde-fous, et des institutions neutres et au service du citoyen, il est quasi impossible d’installer un despote en Suède. Même la fonction de maire n’existe pas en Suède. C’est le conseil municipal qui dégage une majorité qui gère la commune. Au sein de cette majorité, est élu un président qui devient le chef de l’exécutif communal.

Depuis notre indépendance, nous avons singé la France jusqu’à la caricature. La République française n’est pas le meilleur exemple à suivre, mais nos dirigeants sont soit inféodés, soit munis d’œillères pour ne voir que la France. Cette cécité politique est tragique, et elle nous a coûté des générations et des sommes faramineuses.

Espérons avoir tiré les leçons du passé et oser réinventer notre pays de fonds en comble. Nous devons en effet le doter d’une constitution digne de ceux qui sont morts pour le libérer. Une constitution qui garantisse la démocratie, la liberté, l’égalité, et l’épanouissement de toute personne qui vivra sous le ciel de cette nouvelle Algérie.  Exit les références dogmatiques au monde arabe et islamique. Un changement de nom est impératif. République Algérienne suffit largement. Tout le monde sait que les démocraties populaires ne sont que des dictatures déguisées.

Il est grand temps de donner à la femme sa place et ses droits. Le code de la famille est une honte. Venu pour investir dans les énergies renouvelables et les économies d’énergie, j’ai été outré que mon amie qui a le même âge que moi, ne pouvait pas signer chez le notaire car femme ! J’ai trouvé ça ahurissant, humiliant, même pour moi en tant qu’homme.

Aujourd’hui, nous n’avons plus le droit à l’erreur. Nous sommes sommés de réussir et de délivrer une nouvelle Algérie à nos enfants et à cette jeunesse prête à tout risquer pour fuir ce pays dont l’air est devenu irrespirable. Nous devons lui assurer le plus beau des rêves chez elle.

Juba Ourad

Courte Biographie

Je suis né en 1960 en Kabylie.

Après le lycée, j’ai émigré en France, puis en Italie et en Suède où j’ai vécu 25 ans. Après avoir refait une bonne partie du lycée, j’ai étudié research policy à l’université de Lund.

Politiquement actif au parti social-démocrate, puis le parti de la gauche. Elu au Conseil Municipal de la ville de Helsinborg (145 000 habitants). J’ai occupé plusieurs fonctions électives et différents postes de conseils d’administration. J’ai aussi été directeur de campagne pour des législatives, municipales, régionales et européenne. Fondé de pouvoir au sein du parti de gauche en tant que fonctionnaire du parti.

[1] « Le pire des analphabètes, c’est l’analphabète politique. Il n’écoute pas, ne parle pas, ne participe pas aux événements politiques. Il ne sait pas que le coût de la vie, le prix des haricots et du poisson, le prix de la farine, le loyer, le prix des souliers et des médicaments dépendent des décisions politiques. L’analphabète politique est si bête qu’il s’enorgueillit et gonfle la poitrine pour dire qu’il déteste la politique. Il ne sait pas, l’imbécile, que c’est son ignorance politique qui produit la prostituée, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les bandits et surtout le politicien malhonnête, menteur et corrompu, qui lèche les pieds des entreprises nationales et multinationales. » Bertolt Brecht

 

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La Rédaction

1 Comment

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  • Bonsoir,
    Les idées sont bonnes et louable, mais est-il possible de les appliquer dans un pays comme l’Algérie avec un peuple qui n’a rien connu d’autre que des présidents comme Bouteflika.
    Il y’a bien sûr les exemples cités, mais l’Algérien ne connais que la France comme exemple.

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