Chronique

Une révolution mentale

Les jeunes kabyles fuient en Europe afin de trouver la liberté. Une liberté qu’ils refusent de construire chez eux, dans leur pays. Car pour eux, la liberté, c’est transgresser les valeurs de leurs ancêtres. La liberté, cette hérésie identitaire qu’ils n’oseront commettre devant ces ancêtres qu’ils érigent en archétype de l’identité kabyle.
Le problème, c’est que l’identité kabyle actuelle n’est qu’une imposture. Un carcan et des chaînes que les vainqueurs des guerres d’autrefois nous fait porter, notamment le conquérant arabo-musulman et turc. Pour faire simple, il y autant d’éléments culturels étrangers dans l’identité kabyle, qu’il y a de mots emprunts “arabo-turcs” dans la langue kabyle. Ce n’est pas grave. Aucune langue n’est pure. Aucun peuple n’est pur.

Les psycholinguistes affirmant « c’est la langue qui construit la pensée, et non pas la pensée qui construit la langue ». Cela veut tout dire. Ces élément culturels “arabes” qui ont parasité notre identité ont poussé les Kabyles à changer de peau. Une mutation identitaire qui a fait du Kabyle d’aujourd’hui un Arabo-musulman qui s’ignore. Les Kabyles sont devenus plus proches de l’Arabie que de la Numide. Enfant d’Athéna est devenu enfant de Zoubida.

Nos très lointains ancêtres faisaient des femmes des reines ; nos plus proches ancêtres interdisaient aux femmes d’aller à l’école. N’est-ce pas ? Quels ancêtres voudriez-vous réhabiliter ? Telle est la question !

Je suis pour le progrès, mais normalement le progrès ne se cherche pas dans la mort, mais s’accomplit à partir de ce que l’on a. Mais nous n’avons plus rien. C’est pour cela qu’il faut démolir, tout démolir, pour reconstruire l’édifice de la liberté.
Comprenez maintenant, vous qui avez peur de heurter vos ancêtres, que vous vous trompez d’ancêtres.
Je ne suis pas un charlatan vendeur de rêves et d’espoir, je ne peux pas vous promettre des rêves utopiques irréalisables. Je ne vais vous parler de ce qui est réalisable : Une révolution des mentalités. Une sorte de mai 68 kabyle, mais sans que cela n’avoisine la décadence occidentale. Autrement dit, ce n’est pas pour donner aux parents le droit de changer le sexe de leur enfant de 11 ans, mais plutôt pour donner à notre peuple une liberté qui ne dépassera pas les horions de la dégénérescence.

Pour commencer, il faut donner une vraie liberté aux femmes. Leur donner pleinement l’indépendance. Donner également la liberté aux hommes, la liberté de vivre librement sans que l’honneur de leur tribu soit remis en question, de faire comprendre aux mamas kabyles qu’un fils indépendant n’est pas forcément un égaré victime de magie noire.
Pour se faire, il faut qu’il y ait émergence d’une autre élite. Que la jeunesse libérée devienne l’idéologue et le porte-parole d’une nouvelle pensée. Mai 68, n’a pas renversé le régime en place, mais les mentalités. Jusqu’à devenir pensée dominante.

Faisons la même chose. Res, non verba

Djafar Khenane

 

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