Y a-t-il raison suffisante de révolution (IV)

Ce qu’il s’agissait donc d’organiser après le 4 août n’était pas le gouvernement, puisqu’en faisant du gouvernement, on ne faisait autre chose que rétablir les anciens cadres ; c’était l’économie des nations et la balance des intérêts. Puisque, d’après la loi nouvelle, la naissance ne comptait plus dans la condition du citoyen, que le travail seul était tout, que la propriété elle-même en relevait ; quant aux affaires extérieures, puisque les rapports des nations entre elles devaient se réformer d’après les mêmes principes, attendu que le droit civil, le droit public, et le droit des gens, sont identiques entre eux et adéquats : il était évident que le problème de la révolution consistait, après avoir aboli en France et en Europe le régime féodal ou militaire, à constituer partout à sa place le régime égalitaire ou industriel. Les progrès de l’agriculture qui se manifestèrent immédiatement après le partage des biens nationaux, l’essor industriel que prit la nation après la chute de l’empire, l’intérêt croissant qui s’est attaché depuis 1830, et dans tous les pays, aux questions économiques, ont prouvé que c’était bien sur ce terrain de l’économie politique que l’effort de la Révolution devait se diriger.

Cette conclusion, si manifeste, si immédiate de l’acte négatif du 4 août 1789, ne fut comprise d’aucun de ceux qui, jusqu’en 1814, s’en firent les interprètes.

Toutes les idées étaient à la politique. La contre-révolution aidant, le parti révolutionnaire forcé momentanément de se mettre sur la défensive et de s’organiser pour la guerre, la nation fut de nouveau livrée aux gens d’épée et aux légistes. On eût dit que noblesse, clergé, monarchie, n’avaient disparu que pour faire place à des gouvernants d’une autre race, constitutionnels anglomanes, républicains classiques, démocrates policiers, infatués des Romains, des Spartiates, surtout et beaucoup de leurs propres personnes, au demeurant fort peu soucieux des véritables besoins du Pays, qui, n’y comprenant plus rien, les laissa s’entretuer à leur aise, et finit par s’attacher à la fortune d’un soldat.

Proudhon, Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle, 1851

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