Y a-t-il raison suffisante de révolution (VI)

Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle

En résumé, la Société que devait créer la Révolution en 89 n’existe pas : elle est à faire. Ce que nous avons eu depuis soixante ans n’est qu’un ordre factice, superficiel, couvrant à peine l’anarchie et la démoralisation la plus épouvantable.

Nous ne sommes point accoutumés à chercher si avant les causes des perturbations sociales et des Révolutions. Les questions économiques surtout nous répugnent : le peuple, depuis la grande lutte de 93, a été tellement distrait de ses véritables intérêts, les esprits si fort déroutés par les agitations de la tribune, de la place publique et de la presse, qu’on est presque sûr, en quittant la politique pour l’économie, d’être aussitôt abandonné de ses lecteurs, et de n’avoir plus pour confident de ses idées que son papier. Il faut pourtant nous convaincre qu’en dehors de la sphère aussi stérile qu’absorbante du parlementarisme, il en est une autre, incomparablement plus vaste, où se jouent nos destinées ; qu’au-dessus de ces fantômes politiques, dont les figures captivent notre imagination, il y a les phénomènes de l’économie sociale, qui, par leur harmonie ou leur discordance, produisent tout le bien et le mal des sociétés. Que le lecteur daigne donc me suivre seulement un quart d’heure dans les considérations très-générales où je suis forcé d’entrer : cela fait, je promets de le ramener à la politique.

Proudhon, Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle, 1851

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