Campagnes de Kabylie

Zouaves et turcos en Kabylie

Notes et documents concernant l’insurrection de la Kabylie en 1871.

Nous rappelons qu’il y avait en Kabylie, à cette époque, la recrudescence du fanatisme religieux à cause du développement prodigieux qu’avait pris l’affiliation des khouans de Abder-Rahman-bou Goberin.

Ce récit a été écrit par un militaire français qui a participé aux batailles.

À notre retour au camp, il commençait à faire sombre, mais les feux de bivouac éclairaient les tentes et les groupes animés que nous rencontrions à chaque pas ; ici des cuisiniers qui se hâtaient de faire cuire le repas du soir ; là des gens qui mangeaient sur l’herbe ; plus loin des turcos accroupis autour d’un joueur de flûte et frappant des mains pour accompagner le refrain. Leurs exclamations joyeuses, leurs figures épanouies, attestaient qu’ils appréciaient tout le charme de cette vie d’aventures et d’imprévu. Que leur importait de coucher sur la dure ? Ils y étaient accoutumés depuis leur enfance. Comment auraient-ils regretté l’ordinaire de la caserne, quand ils pouvaient y ajouter gratis des plats supplémentaires de mouton, de volailles, de légumes et de comestibles maraudés ? Les mercanti (marchands ambulants) n’avaient pu nous suivre dans les montagnes, mais la plupart des musulmans s’en soucient fort peu, eux à qui la religion et les mœurs défendent l’usage du vin et des liqueurs, et puis, n’y a-t-il pas, dans le convoi, une bonne provision de ces fèves aromatiques, avec lesquelles ils font leur boisson favorite ? Ils s’éloignent donc sans regret des villes qu’ils regardent comme des prisons. Ils sont aussi heureux d’aller en campagne qu’un citadin peut l’être d’aller à la campagne.

Pour eux la guerre est la plus noble occupation ; pourvu qu’ils puissent la faire avec succès, ils ne s’inquiètent guère de la nationalité de ceux qu’ils ont à combattre. Parents, amis, compatriotes, coreligionnaires, tous deviennent à leurs yeux des ennemis mortels quand ils sont dans un camp opposé. Par un louable scrupule, nos chefs ont proposé à ceux des tirailleurs qui sont originaires de la Kabylie, de les envoyer dans d’autres provinces. Aucun d’eux n’a profité de la permission. Ils font passer le lien militaire avant ceux du sang ; les Turcos disciplinés ne connaissent que leur drapeau ; c’est leur patrie, leur famille, leur foyer ; ils lui restent fidèles jusqu’à la mort. Nos chefs le savent ; ils ne craignent aucune défection ; aussi n’hésitent-ils pas à marcher contre les rebelles avec des troupes dont la moitié sont indigènes.

Camp de Markout, le 5 mai 1871.

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Geneviève Harland

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